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Salles de consommation à moindre risque : l’urgence de sortir la tête du sable.


Depuis que la France a (enfin) pris la décision d’expérimenter les SCMR, la Belgique est maintenant entourée de toutes parts de pays dotés de ce type de salles sur leur territoire.

La pertinence de ce dispositif n’est plus à démontrer. Trente années d’expérience au niveau international ont permis de mener des évaluations approfondies démontrant les bénéfices en matière de Santé Publique, de sécurité mais aussi de coût pour la société. Sans compter bien entendu sur les réalités de terrain.

A ce propos, nous souhaitons dire la honte que nous ressentons. Honte pour nos partenaires de terrain, forcés de continuer de donner du matériel d’injection à des usagers qui iront l’utiliser dans le fond d’un parking crasseux parce qu’on ne respecte pas leur droit à la dignité ; continuant de jouer ce qui s’apparentera bientôt un simulacre d’offre de service de Réduction des Risques et de soins, faute de cadre légal permettant d’être cohérent.

Honte pour nos pouvoir locaux, qui voudraient pouvoir répondre aux besoins des riverains qui doivent écarter du chemin de la maison pour ne pas croiser des personnes qui s’injectent des produits dans le parc voisin ou fument de la cocaïne dans les halls du métro.

Les usagers et professionnels de première ligne témoignent donc de la situation déplorable de bien trop d’individus amenés à consommer de manière isolée dans des conditions d’hygiène plus qu’inquiétantes et à qui les salles procurent un espace et un dispositif sécurisant tant pour eux que pour les autres.

Nous n’allons pas continuer à nous épancher ici sur cette pertinence mille fois démontrée. (pour plus d’informations www.réductiondesrisques.be).

L’enjeu est maintenant de sortir du débat émotionnel. C’est un combat contre l’imaginaire, contre l’irrationnel. C’est un combat contre les mots utilisés. Les mots ne sont jamais anodins. Trop souvent nommée salle de shoot par ses détracteurs, ce dispositif renvoie alors au vice et à l’interdit, voire au plaisir illégal et vient nourrir les craintes imaginaires d’un public non averti.

A l’heure actuelle, la Commission Santé a les cartes en main puisque la Chambre lui a demandé d’émettre un avis. Cette commission demande enfin (pour début juin 2015) des rapports rédigés par des experts. Elle décidera ensuite, et cette étape reste cruciale pour les défenseurs des SCMR, si elle souhaite les auditionner. Il nous semble que de ne pas prendre la peine d’auditionner des experts s’apparenterait à refuser le débat contradictoire, l’une des clés du jeu démocratique.

Nous attendons dès lors de nos hommes et femmes d’Etat de ne pas mener une politique de l’autruche, de regarder la réalité en face, de mettre leur objectivité au service de leur politique. Nous attendons d’eux de sortir la tête du sable et d’écouter l’avis des experts en la matière, professionnels comme usagers.

N’oublions pas que ces salles de consommation font partie du champ sanitaire sans condamner le geste de la consommation. Ouvrir des salles de consommation revient à « prendre soin » et à réduire les risques. Et prendre soin, comme l’écrit D. Sicard, « c’est assumer notre métier pour en faire peut être le dernier rempart face à l’indifférence de notre monde, le dernier refuge de l »humanité de notre société.

Modus Vivendi

SICARD D., « prendre soin », la Lettre de l’Espace éthique AP-HP, n15-18, hiver/été 2002.