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Edito : A quand une réelle politique alcool ?


Après trois années de recherche-action sur la thématique de la Réduction des Risques liés à la consommation excessive d’alcool en milieu étudiant, le bilan est positif : création d’un poste de responsable santé au sein des groupes étudiants, réalisation de campagnes d’information sur les effets de l’alcool, mise en place de services santé lors des événements festifs, tenue de stands de sensibilisation par des étudiants formés,… (Plus d’infos sur la méthodologie ou sur les résultats concrets).

Le projet s’insère toutefois dans un cadre plus global dont les contours ne sont pas toujours clairs. Lorsqu’en formation, nous abordons la loi Vandervelde de 1939 spécifiant qu’ « il est interdit à quiconque de servir des boissons enivrantes à une personne manifestement ivre », les rires des étudiants éclatent. Ils s’intéressent alors à la définition scientifique de l’ivresse, décrite comme la perte de contrôle de ses actes constatés par des signes d’ivresse laissés à la subjectivité des Policiers. L’incongruité de la loi nous saute alors aux yeux tant par son manque de clarté que par sa difficile application.

À l’heure où un Plan d’action national alcool (PANA) a encore une fois échoué et est reporté à 2017, il est crucial que les travailleurs de terrain, confrontés au quotidien aux limites de la législation en matière d’alcool, s’expriment. La réécriture des lois doit rendre celles-ci plus compréhensibles et permettre une effectivité et une mise en place aisée sur le terrain. Il ne s’agit pas de faire porter la responsabilité de la prévention et de la Réduction des Risques uniquement sur les individus, il faut aussi une prise en charge sociale qui ne soit pas uniquement répressive. Le renforcement des lois sur l’alcool au volant doit être accompagné d’autres mesures comme par exemples la mise en place réelle de transports publics permettant une alternative à la voiture pour le retour de soirée ou l’accès à l’eau gratuite dans les établissements Horeca.

De plus, une vision sur le long terme doit être adoptée afin de limiter les dommages de nouvelles lois. L’augmentation des accises sur les boissons alcoolisées en novembre 2015, visant à augmenter le prix pour diminuer l’accès, n’a pas touché tous les milieux de la même manière. Nous ne sommes pas tous égaux face à l’alcool, de par notre sexe, l’âge du début de la consommation régulière, le milieu socio-économique,… Le changement de lois ne doit pas marginaliser les publics les plus à risque.

Le groupe porteur « Jeunes, alcool et société », dont Modus Vivendi fait partie depuis peu, en collaboration avec l’asbl Action Médias Jeunes, a produit 5 capsules vidéos dénonçant des problématiques en lien avec la consommation d’alcool et amenant des pistes de modifications des lois. Sont revendiqués la suppression de la publicité pour les boissons alcoolisées, la clarification de la loi liée à l’âge, la dépénalisation de l’apprentissage parental,…

Pour changer les mentalités vis-à-vis de l’alcool et permettre un cadre d’actions cohérentes en termes de prévention et de Réduction des Risques, nous affirmons qu’il est indispensable d’avoir des règles claires, cohérentes avec la réalité de terrain et qu’il y ait un réel suivi de leur application. Il faut permettre à tout un chacun de comprendre le sens des lois et de pouvoir les appliquer au quotidien.

Pour Modus Vivendi
Emilie Walewyns
Responsable projet RdR Alcool en milieu étudiant